5.Bâtiment principal1er étage / Office・Chambre de style japonais

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Les angles droits sont rares sur ce plan de sol en forme de coin, mais il existe pourtant une pièce véritablement carrée. Il s’agit d’une pièce de style japonais tout au fond avec des portes coulissantes comportant des panneaux de papier de riz et dont le sol est revêtu de tatami. Au-dessus de ces portes se trouvent des panneaux de verre extra clair, un verre extrêmement transparent avec une faible teneur en oxyde de fer. Jadis, les bâtiments étaient si proches les uns des autres qu’ils bloquaient les rayons du soleil et ce verre spécial était placé à cet endroit pour assurer le passage d’autant de lumière que possible. 

 

À l’intérieur de cette pièce, vous pouvez voir un autel shinto et un autel bouddhique, les points centraux de rites cérémoniels observés dans les foyers, en plus des événements sociaux et des réunions. Cette pièce était au cœur de la vie familiale, le magasin de riz ne constituant pas seulement une boutique mais également un foyer dans lequel résidaient souvent trois générations – les grands-parents, les parents et les enfants.  

 

4.Bâtiment principal1er étage /

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Lorsque vous regardez la façade du bâtiment principal, vous pouvez distinguer un visage attrayant, un nouvel avant-toit et d’anciens caractères japonais kanjis qui épellent le nom du magasin. Et vous savez qu’à l’intérieur, vous y trouverez des particularités atypiques. Entrez et regardez autour de vous ! 

 

En entrant, la première chose que vous devriez remarquer est l’habileté des premiers bâtisseurs à intégrer une structure à une parcelle aussi restreinte. Il y a des angles assez curieux partout. L’intérieur rappelle un cours de géométrie ayant pris une tournure incontrôlable. Pour une structure qui n’a pas pu être aménagée rectangulairement, tout a pourtant été contrôlé à la perfection et semble être à sa juste place. Mis au défi par un terrain de forme irrégulière, les bâtisseurs ont joué de cette particularité en concevant une architecture toute aussi irrégulière pour le plaisir des yeux mais aussi pour résister aux tsunamis. 

 

Une ancienne horloge sur le mur du fond attire le regard – et l’oreille ; elle continue de produire son tic-tac. Elle aussi a survécu, comptant les minutes et les heures depuis les années 1900. Lorsque le grand incendie de l’ère Taishō faisait rage, ce fut le premier objet à être sauvé du bâtiment, et lors du second grand incendie de l’ère Shōwa en 1929, seuls l’horloge et un petit autel familial purent être sauvés. Un jeune garçon de 9 ans avait alors transporté l’horloge sur son dos pour la laisser en lieu sûr dans la maison d’un proche. Enfin, le 11 mars 2011, le tsunami meurtrier inonda cette pièce jusqu’au plafond. Lorsque l’eau se retira, on retrouva l’horloge au sol, recouverte de terre, mais prête à reprendre son tic-tac habituel. Elle compte les heures sans relâche depuis. 

 

3.L’histoire en commençant par le bas

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Sous les pavés modernes de l’annexe repose le doma original du bâtiment principal avant qu’il soit déplacé, un sol en terre rendu solide par des générations de pieds actifs. Il y a toutefois bien plus sous les pieds qu’un simple sol de cuisine. Nous nous trouvons en effet sur un terre-plein datant du 18e siècle. Des couches successives de terre ont été transportées dans cette zone au fil des ans pour former un terrain sec, étendre le littoral, et façonner la zone selon les besoins humains. La zone portuaire est appelée quartier de Naiwan et il s’agit principalement d’un terre-plein, une particularité unique à cette partie de la ville. 

 

La localité se distingue des autres en possédant un quartier résidentiel et un port de commerce. Autrefois, elle nouait trois routes commerciales : l’ancien itinéraire est-ouest, la route du littoral nord-sud et le couloir maritime. On faisait circuler les marchandises par bateau, par train, par animaux de trait et en ayant recours aux dos solides de porteurs. Le commerce avec des marchés lointains tels qu’Edo, ville connue aujourd’hui sous le nom de Tokyo, était fructueux, avec l’exportation de fruits de mer, de bois, de tabac et de soie et l’importation de meubles, d’outils et de machines. La localité de Naiwan était le carrefour principal et cela lui permit de croître et prospérer. 

 

En jetant un œil à une carte du rivage de Kesennuma, vous apercevrez des lignes droites en zigzag. Le petit Cap Shinmeisaki, avec son ancien sanctuaire, constitue l’unique vestige du bord de mer tel qu’il l’était jadis, un rappel périlleux de ce à quoi ressemblait notre littoral avant que nous en établissions un nouveau mieux adapté au transport maritime et au commerce. 

 

Depuis la zone portuaire, déplacez votre doigt vers l’ouest sur votre carte sur environ un kilomètre et demi. Vous y trouverez notre gare ainsi que le nom Furumachi, qui signifie « centre historique », indiquant qu’il s’agit de l’emplacement du tout premier village bâti il y a de nombreuses générations. À l’époque, il se situait près de l’eau ; vous avez passé votre doigt au-dessus d’un terre-plein s’étendant progressivement depuis. 

 

Notre prospérité repose sur trois éléments clés, et le terre-plein est l’un d’entre eux. Pourquoi un terre-plein ? À cause du vent, le second élément. À l’époque d’Edo, lorsque les voiliers étaient les embarcations les plus répandues, le vent gonflait les voiles et les navires avançaient sous son action. À Kesennuma, les vents du nord-ouest soufflant vers le bas depuis les hauteurs du mont Murone, le travail de remblaiement et le déplacement du rivage ont permis de mieux positionner le port et ainsi de mieux profiter de ces vents dominants. 

 

Le relief entourant la zone portuaire semblait parvenir à canaliser le vent et à donner un coup de pouce aux vaisseaux quittant le port. La localité de Minami-machi fut de ce fait appelée en son temps Naraigama, ce qui signifie « la bouche d’un porte-monnaie en direction du vent d’ouest ». Les voiliers se font désormais rares, mais la zone portuaire de Cap Shinmeisaki reste un havre paisible servant de point d’ancrage ou d’amarrage aux bateaux. Certains appellent le port notre « zone d’attente venteuse ». 

 

Le vent n’est pas toujours un allié. En 1914 et à une seconde reprise en 1929, il intensifia l’effet d’incendies dévastateurs pour les transformer en un véritable enfer qui laissa les terres ravagées et noircies. Malgré ces temps difficiles, les habitants ne renoncèrent pas. En 1929, des travailleurs des quatre coins du Japon prirent le marteau et la scie pour rejoindre des habitants déterminés à reconstruire leur ville et en l’espace d’environ un an, ils parvinrent ensemble à restaurer la majeure partie, allant même jusqu’à combiner des styles japonais et occidentaux pour créer un « musée vivant » de conception architecturale. 

 

Le troisième élément est « l’esprit d’entreprise », et c’est de loin celui qui pèse le plus. Les survivants de ces incendies regardaient le paysage noirci par les cendres et y virent une opportunité, une chance de créer de nouveaux quartiers dépassant les traditions. 

  

Le séisme et le tsunami de 2011 auront laissé derrière eux des décombres, mais aussi une nouvelle opportunité pour les habitants de la zone portuaire. Ici et là, d’anciens monuments qui ont résisté sont restaurés. Et là où il ne restait plus rien à restaurer, les habitants ont déblayé les décombres et ont reconstruit. Une nouvelle fois, le passé se confond avec le futur à travers un travail de réinvention de notre ville natale. 

 

2.Caractéristiques du bâtiment

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Examinons-le de plus près. Imaginez une pizza ronde et plate. Vous en découpez une petite part et croquez l’extrémité pointue. Ce qui reste correspond au plan original de la surface du bâtiment Takeyama : étendu du côté rue et étroit à l’arrière, la partie arrière formant l’ancien entrepôt en pierre avec l’aile étroite juste derrière. Le violent tsunami ayant pris sa propre bouchée de l’extrémité, l’aile a disparu et c’est l’entrepôt qui forme l’extrémité. 

 

Regardez maintenant plus bas, en bordure de la rue, et vous devriez voir des lignes formant un trapèze. Il s’agit de l’ancien emplacement du bâtiment principal. À la suite de la catastrophe de 2011, la rue a dû être élargie d’environ un mètre et le bâtiment principal a ainsi dû être séparé de l’entrepôt et déplacé sur le côté, comme si vous coupiez votre part de pizza transversalement. L’annexe comble désormais le vide et relie le bâtiment principal à l’entrepôt, mais ils conservent tous deux leurs lignes effilées d’origine. 

Les singularités continuent à l’intérieur. Les pièces sont ainsi de formes diverses et seulement une d’entre elles est rectangulaire. Même les colonnes et les poutres semblent être de travers, formant tantôt des angles aigus, tantôt des angles obtus, chacune attestant les aptitudes des menuisiers de l’ère Shōwa. 

 

Conscients des précédents incendies, les ouvriers avaient couvert certaines structures de feuilles métalliques, la façade de cuivre et les côtés de fer galvanisé. Il est d’ailleurs encore possible de voir des résidus de fer galvanisé sur le côté ouest. Par endroits, il y avait même une couche de terre en-dessous pour encore mieux protéger le bâtiment des incendies. 

 

L’annexe est récente mais se révèle être un clin d’œil au passé. Elle présente ainsi une cuisine moderne dans laquelle la famille peut cuisiner et même tenir des cours de cuisine. À travers une porte ouverte, vous pouvez profiter d’une vue du bâtiment principal et de l’entrepôt en pierre et sous les pieds se trouve ce qu’on appelle un « doma du 21e siècle », rappelant le doma, ou sol en terre battue d’autrefois. 

 

1. Bienvenue!

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« Gohan desu ! » 

 

Au Japon, cette exclamation joyeuse rassemble les plus jeunes et les plus âgés autour de la table pour le petit déjeuner, le déjeuner ou le dîner. Elle n’est exclusive à aucun repas et n’a pas besoin de l’être. « Gohan » signifie « riz » et il est rarement absent du menu. 

 

Jadis, il existait très peu de localités sans marché de riz. La plupart des anciens magasins de riz ont aujourd’hui disparu, mais à Kesennuma, le dernier fragment d’une longue tradition, une boutique à l’architecture singulière qui a rempli des bols de riz pendant des générations, perdure. Bienvenue au magasin de riz Takeyama ! 

 

Son histoire commence en 1877, et cinq générations l’ont depuis guidé à travers d’importantes évolutions et ont répondu à de nombreux défis. L’entreprise déménage pour occuper son emplacement actuel en 1900 lorsqu’elle est ravagée par le grand incendie de 1914 pendant l’ère Taishō. 

 

Un autre incendie fait rage dans le quartier pendant l’ère Shōwa en 1929 et à la suite de ce désastre naît le bâtiment principal visible aujourd’hui, conçu dans un style architectural japonais traditionnel et construit en environ un an et demi. Comme de nombreuses constructions de la zone portuaire, sa forme singulière est dictée par les lignes du site sur lequel il se trouve. En 2005, il est enregistré comme bien culturel tangible du Japon. 

 

En 2011, le grand tsunami provoque l’inondation du bâtiment avec presque trois mètres d’eau de mer. Les vagues ont arraché l’avant-toit et une petite aile derrière l’entrepôt, mais la majeure partie du bâtiment principal a survécu et est actuellement en cours de restauration. À l’extérieur du bâtiment, un côté a été peint en incluant un léger changement de couleur afin d’indiquer la hauteur atteinte par l’eau. Ce changement se situe à mi-hauteur du mur à deux étages ! 

 

 

Une annexe ayant été achevée en 2017, le magasin consiste aujourd’hui de la nouvelle annexe, du bâtiment principal à forme singulière de 1930 et d’un entrepôt en pierre datant du début des années 1900. La ville l’a enregistré en tant que bien culturel tangible en 2017.