3.L’histoire en commençant par le bas

Sous les pavés modernes de l’annexe repose le doma original du bâtiment principal avant qu’il soit déplacé, un sol en terre rendu solide par des générations de pieds actifs. Il y a toutefois bien plus sous les pieds qu’un simple sol de cuisine. Nous nous trouvons en effet sur un terre-plein datant du 18e siècle. Des couches successives de terre ont été transportées dans cette zone au fil des ans pour former un terrain sec, étendre le littoral, et façonner la zone selon les besoins humains. La zone portuaire est appelée quartier de Naiwan et il s’agit principalement d’un terre-plein, une particularité unique à cette partie de la ville. 

 

La localité se distingue des autres en possédant un quartier résidentiel et un port de commerce. Autrefois, elle nouait trois routes commerciales : l’ancien itinéraire est-ouest, la route du littoral nord-sud et le couloir maritime. On faisait circuler les marchandises par bateau, par train, par animaux de trait et en ayant recours aux dos solides de porteurs. Le commerce avec des marchés lointains tels qu’Edo, ville connue aujourd’hui sous le nom de Tokyo, était fructueux, avec l’exportation de fruits de mer, de bois, de tabac et de soie et l’importation de meubles, d’outils et de machines. La localité de Naiwan était le carrefour principal et cela lui permit de croître et prospérer. 

 

En jetant un œil à une carte du rivage de Kesennuma, vous apercevrez des lignes droites en zigzag. Le petit Cap Shinmeisaki, avec son ancien sanctuaire, constitue l’unique vestige du bord de mer tel qu’il l’était jadis, un rappel périlleux de ce à quoi ressemblait notre littoral avant que nous en établissions un nouveau mieux adapté au transport maritime et au commerce. 

 

Depuis la zone portuaire, déplacez votre doigt vers l’ouest sur votre carte sur environ un kilomètre et demi. Vous y trouverez notre gare ainsi que le nom Furumachi, qui signifie « centre historique », indiquant qu’il s’agit de l’emplacement du tout premier village bâti il y a de nombreuses générations. À l’époque, il se situait près de l’eau ; vous avez passé votre doigt au-dessus d’un terre-plein s’étendant progressivement depuis. 

 

Notre prospérité repose sur trois éléments clés, et le terre-plein est l’un d’entre eux. Pourquoi un terre-plein ? À cause du vent, le second élément. À l’époque d’Edo, lorsque les voiliers étaient les embarcations les plus répandues, le vent gonflait les voiles et les navires avançaient sous son action. À Kesennuma, les vents du nord-ouest soufflant vers le bas depuis les hauteurs du mont Murone, le travail de remblaiement et le déplacement du rivage ont permis de mieux positionner le port et ainsi de mieux profiter de ces vents dominants. 

 

Le relief entourant la zone portuaire semblait parvenir à canaliser le vent et à donner un coup de pouce aux vaisseaux quittant le port. La localité de Minami-machi fut de ce fait appelée en son temps Naraigama, ce qui signifie « la bouche d’un porte-monnaie en direction du vent d’ouest ». Les voiliers se font désormais rares, mais la zone portuaire de Cap Shinmeisaki reste un havre paisible servant de point d’ancrage ou d’amarrage aux bateaux. Certains appellent le port notre « zone d’attente venteuse ». 

 

Le vent n’est pas toujours un allié. En 1914 et à une seconde reprise en 1929, il intensifia l’effet d’incendies dévastateurs pour les transformer en un véritable enfer qui laissa les terres ravagées et noircies. Malgré ces temps difficiles, les habitants ne renoncèrent pas. En 1929, des travailleurs des quatre coins du Japon prirent le marteau et la scie pour rejoindre des habitants déterminés à reconstruire leur ville et en l’espace d’environ un an, ils parvinrent ensemble à restaurer la majeure partie, allant même jusqu’à combiner des styles japonais et occidentaux pour créer un « musée vivant » de conception architecturale. 

 

Le troisième élément est « l’esprit d’entreprise », et c’est de loin celui qui pèse le plus. Les survivants de ces incendies regardaient le paysage noirci par les cendres et y virent une opportunité, une chance de créer de nouveaux quartiers dépassant les traditions. 

  

Le séisme et le tsunami de 2011 auront laissé derrière eux des décombres, mais aussi une nouvelle opportunité pour les habitants de la zone portuaire. Ici et là, d’anciens monuments qui ont résisté sont restaurés. Et là où il ne restait plus rien à restaurer, les habitants ont déblayé les décombres et ont reconstruit. Une nouvelle fois, le passé se confond avec le futur à travers un travail de réinvention de notre ville natale. 

 

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